- journaliste (presse écrite)
- journaliste animateur télé-radio
- critique cinéma
- député
- écrivain
- président de la république (au passage, je hais Obama et Roselmack, ils m'ont damé le pion, je voulais être le premier !)
- président de l'OM, du PSG ou de Sedan (non, il n'y a pas d'intrus à rayer)
Mon ambition démesurée laisse parfois perplexe. A raison, tant est si bien que je finis par douter de moi-même. Bernard Tapie lui-même n'a pas rempli toutes les cases de ma liste.
Pourtant, il existe une catégorie de cumulard talentueux. Peu représentée, mais elle existe. Le texte qui suit est l'œuvre de l'un des leurs. Alors qu'il se donnait un avenir de professeur de lycée, il se trouve très vite blasé de sa situation, et décide de tout quitter, et d'écrire son histoire. Une réussite. Entre-temps, il écrira sur le football, la rumeur dit même qu'il a voulu acheter le FC Nantes. Il est d'ailleurs journaliste chroniqueur, pour Le Monde et So Foot. Chanteur à ses heures perdues, il incarne au cinéma son propre rôle quand son ouvrage est adapté, et il signe le scénario. Je récapitule : Professeur, journaliste, acteur, chanteur, scénariste, écrivain. François Bégaudeau cumule les casquettes, et elles le lui rendent bien. Détesté par beaucoup pour son caractère calme et franc, qui lui donne l'air hautain, sa vision des choses, son penchant pour la provoc et son style à part en font le Mourinho de l'écriture, le Domenech de la littérature. On est fait pour s'entendre, je reprends espoir. C'est décidé, plus tard, je serais cumulard talentueux.

Le génie régulier, par François Bégaudeau (paru dans le Monde du 03.03.2009)
"Les meilleurs joueurs du monde sont-ils les joueurs les plus utiles du monde ? Bien sûr les Cristiano Ronaldo, Kaka, Ibrahimovic sont décisifs. Ils brillent dans la zone de vérité, comme on dit ; font basculer des matches à eux tout seuls, comme on dit. Mais sur la durée, sur une année par exemple, est-ce de ceux-là dont ne voudrait surtout pas se priver un entraîneur ? Demandez à Parreira, sélectionneur du Brésil, champion du monde en 1994, s'il aurait préféré une blessure de Dunga, la tortue méthodique du milieu, ou de Bebeto, l'inarrêtable feu follet de devant.
Généralisé à ses confrères, un tel sondage consacrerait assurément ces n° 6 petits ou grands qui sont la moelle épinière d'une équipe depuis que la quasi-suppression des n° 10 classiques a reporté sur eux l'organisation du jeu. C'est moins à Zidane qu'on doit l'accession en finale en 2006 qu'au binôme Makelele-Vieira dont le premier membre a offert des titres à tous ses employeurs depuis quinze ans (bientôt le PSG ?).
Il y a une vingtaine d'années, « Téléfoot » avait proposé un système d'évaluation informatique des performances des joueurs de première division. Etaient pris en compte les buts et les passes décisives, mais aussi les récupérations, les tacles réussis ou ratés, les transmissions intermédiaires, etc. Une numérisation du jeu avant l'heure dont le verdict fut livré aux spectateurs quelques dimanches, et puis plus. Pourquoi ? Parce qu'elle promouvait des joueurs réguliers mais sans coup d'éclat. On revint donc aux hiérarchies spectaculaires indexées aux gestes exceptionnels ou à ces actions exceptionnelles qu'on nomme buts.
Il y aurait ainsi des génies solubles dans le résumé de match type « Téléfoot » et des génies discrets que la seule continuité d'une partie rend visibles. Dans l'équipe du Barça vue à Lyon, Yaya Touré appartient à la seconde catégorie, et Henry à la première, qui, à peu près inexistant pendant une heure et demie, a juste pointé le nez et son crâne chauve pour assommer les Lyonnais. Or ce Barça est l'équipe la plus à même de perturber cette injuste comptabilisation des mérites. Parce que le collectif y prévaut ? Plus précisément parce que chacun y croit si fort à l'efficacité du jeu court et univoquement offensif que même les stars consentent à travailler dans le hors-champ, convaincues que cela paiera.
Inexistant, Henry ? Pas exactement. Des appels de balle incessants, et surtout la belle discipline de « manger la chaux » sur son flanc gauche afin de préserver l'amplitude proverbiale de la toile catalane. Tant pis si les ballons ne lui arrivent qu'une fois sur dix, il sait qu'ainsi configurée l'équipe assoit son génie à la régulière, et créera de plus en plus de situations dangereuses dont une peut-être lui profitera - mardi dernier ce fut exactement cela. Quand l'ombre et la lumière fusionnent ainsi, quand le travail de l'une est promesse de l'autre, quand la discipline collective entraîne à coup sûr des gratifications individuelles, je m'excuse mais ça s'appelle une leçon démocratique."



